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Eowynangel.

 

L'Heure du Loup

Personnages Principaux : Morah, Sarkan, Tagor, Cathfad
Rating: PG
Couples: Sarkan/Morah, Cathfad/Morah implied
Genre: General
Longueur: Nouvelle
Résumé: Morah, femme de Sarkan vit dans le Sid. Mais un jour elle rencontre un jeune homme grâce au Monde de Djar...

A/N: Pour Henri, qui m'a fait rêver et m'a permis d'entendre la Voix des Brumes.

~***~

La mémoire de la terre est étrangère à celle des hommes. Parfois, elle nous joue des tours, ensevelissant certains pans de son savoir, ne laissant entrevoir qu'une partie de l'histoire. Pourtant, les parties manquantes sont toujours là, gravées en son sein, et il suffit que le vent souffle dessus pour pouvoir les lire.

***

La jeune femme interrompit son ouvrage quelques instants et son regard attendri glissa sur son petit garçon, qui jouait à quelques mètres d'elle. Elle se redressa pour détendre son dos endolori et ses longs cheveux noirs ondulèrent sur sa peau de cuivre. Son récipient serait bientôt rempli à ras- bord du liquide noir et visqueux qui provenait des arbres à caoutchouc. Elle leva les yeux vers les arbres majestueux et soupira.
Son mari, Sarkan, chef du Clan de Mahat'angor et de tous les Tuathans, était d'une obstination à toute épreuve. Une fois encore, il avait demandé aux femmes de récolter le précieux matériau pour en fabriquer les lanières rituelles des hommes partant à la guerre. Une fois encore, il avait harangué ses troupes avec férocité, promettant la vengeance de son peuple contre les Gaeliens, qui avaient exterminé leurs ancêtres et s'étaient approprié leurs terres.
Morah ne gardait de cette époque de terreur que des images floues et le souvenir d'une peur intense. Elle était très jeune lorsque les soldats venus de par-delà les mers l'avait chassée, elle et les siens, les forçant à trouver asile dans le monde souterain du Sid.
Mais Sarkan lui n'avait pas oublié. Au contraire, sa haire envers les gens de la surface semblait croïtre davantage chaque jour. Et la Tuathanne ne pouvait dire depuis combien de temps ils vivaient ainsi, dans les entrailles de la Terre-Mère. Car en son sein, le temps ne semblait avoir que peu de prise.
La corne du rassemblement résonna soudain, estompant ses pensées moroses. Elle récupéra sa calebasse d''une main et la cala contre sa hanche.
- Tagor! Il est temps de rentrer !
Elle tendit sa main libre au garçonnet qui arrivait en courant et il s'aggripa à elle. Leurs regards se rencontrèrent un instant et la jeune femme lut dans les yeux si particuliers de son fils une infinie tendresse.

***

Sarkan soupira d'aise et se laissa aller contre son siège recouvert de fourrures, tandis que sa femme lui coiffait les cheveux ainsi que le voulait la tradition de leurs ancêtres. Il sentait les doigts fins de la jeune femme lisser sa longue chevelure, et l'odeur de la graisse animale lui emplissait les narines.
-Tu tiens tellement à faire encore ce discours ? demanda Morah à brûle-pourpoint.
Le chef de clan se raidit, agacé, et répondit d'une voix égale :
- Bien sûr. Il est important de conserver l'espoir dans le coeur de chacun de nous. L'espoir de quitter un jour le Sid.
Un léger frisson le parcourut alors que les mains de sa compagne abandonnaient leur tâche. Elle le contourna par la droite et se dressa face à lui, ses yeux bleus et légèrement bridés étincelants dans la constante pénombre de leur refuge souterrain.
- Et c'est avec des discours de guerre que tu comptes leur redonner l'espoir ?
Le guerrier Tuathan leva les yeux au ciel. Il percevait clairement la colère et l'ironie derrière ces propos. Ce n'était ni la première, ni la dernière fois que les époux avaient cette discussion. Sarkan savait que Morah était une femme de caractère. C'était ce qui l'avait attiré chez elle, bien plus que sa grande beauté. Mais il regrettait parfois ce trait de sa personnalité.
-Nous le devons à nos ancêtres. C'est notre devoir de venger leur mort.
Il répondait presque mécaniquement. Cette dispute était comme devenu un rituel entre eux. Il en connaissait chaque réplique, chaque contre-attaque, chaque esquive. Sarkan savait que ni l'un ni l'autre ne se laisserait convaincre, quels que soient les arguments utilisés. Cette joute était si bien étudiée, si bien équilibrée qu'elle ne pouvait conduire à aucue issue. C'était une impasse.
Une chose avait cependant changé ce jour-là, mais Sarkan ne s'en aperçut pas. Et Tagor, caché derrière une tenture, écoutait les yeux écarquillés, tandis que les voix de ses parents emplissaient la pièce en un ballet mille fois répété.

***

Je suis dans le monde de Djar. Il est mon lien fragile avec le monde d'en Haut, le monde de mes ancêtres. Je regarde autour de moi. Il me semble reconnaître cet endroit. Je suis au pied d'une montagne surplombée par un étrange rocher, un dolmen totalement lisse. Il semble m'attendre. Et puis je me souviens : c'est Gor-Draka, la porte du Sid, la voie qu'on emprunté les nôtres il y a si longtemps.
Un bruissement non loin de moi m'arrache à ma comtemplation. Lentement je me retourne. Une louve grise se dresse face à moi, ses yeux jaunes fixés aux miens. Son ventre est lourd et elle se déplace avec peine. Bientôt, elle mettra bas. Nous restons un long moment immobiles, nos regards plongés l'un dans l'autre. Le temps semble s'être arrêté.
Soudain, l'animal dresse les oreilles et pousse un long hurlement. Comme un appel dont l'écho emplit soudain l'espace. La louve jette un dernier regard pénétrant, puis disparaît vivement dans les fourrés.
La présence de la louve s'estompe de mon esprit, laissant la place à une autre, troublante dans le calme de Djar. Une image se forme peu à peu. Un jeune homme. Il est vêtu comme un voyageur, un grand sac sur ses épaules. Il s'arrête au pied de la montagne. Il lève les yeux et me regarde. Ou plutôt il regarde à travers moi. C'est la pierre qui l'intrigue. Il est jeune mais je lis dans son regard une sagesse, une détermination à toute épreuve. Il éveille en moi une sensation que seul Sarkan parvenait jusque-là à provoquer.
La vision se brouille soudain et je sais que je vais retourner dans le Sid. Je m'accroche au songe et un dernier fragment de ce monde me pénêtre. Un nom. Cathfad.

***

La cueillette de la guède était une tâche très importante pour les Tuathans, et encore plus pour le clan de Mahat'angor, le clan des guerriers. La substance bleue extraite de la fleur leur permettait de teindre les vêtements et les cheveux. On utilisait également la guède pour peindre son corps de motifs tribaux, même si cette pratique était plus usitée aux temps de guerre.
Morah poussa un petit cri lorsque son couteau lui entailla la chair. Elle trempa son index blessé dans un peu d'eau, se promettant d'y poser un onguent sitôt la cueillette terminée. Elle ne parvenait pas à se concentrer. Son incursion dans le monde de Djar la hantait depuis des jours. Elle avait l'intuition que ce qu'elle y avait vu revêtait une extrème importance.
Elle revoyait la louve grise, prête à donner la vie, elle entendait son hurlement l'appeler puis se dissoudre lentement, elle ressentait son regard qui semblait vouloir transmettre un message. Et il y avait le jeune homme. Cathfad était-il son nom ou seulement un produit de son imagination ? Dès qu'elle fermait les yeux, elle revoyait son visage avec autant de clarté que la première fois. Il était, comme elle, un enfant de la Terre. Elle en avait la certitude.
- Maman ! Dépêche-toi de ramasser les fleurs !
La voix de Tagor la ramena à la réalité. Morah soupira et termina de remplir son panier.

***

Sarkan était inquiet. Sa femme, d'ordinaire pleine d'entrain, semblait pensive et triste ces derniers temps. Il espèrait ne pas étre à l'origine de cette soudaine mélancolie. Bien que leurs forts tempéraments les aient trahis plus d'une fois, il n'y avait jamais eu de crise grave entre Morah et lui. Il ne s'agissait que de quelques colères bien vite oubliées. Mais ce silence-là était différent. Si sa femme lui cachait quelque chose, il devait en avoir le coeur net.
Ainsi, lors de sa coiffure rituelle, il se décida à aborder le sujet. La jeune femme prétexta qu'elle était fatiguée et qu'elle manquait de sommeil. Sarkan s'en montra rassuré et se mit à solilloquer sur le magnifique discours qu'il avait préparé pour échauffer les âmes de ses guerriers.
-Bientôt, disait-il, nous quitterons le Sid et nous nous répandrons sur la terre, punissant le sang par le sang!
- Mais pouquoi ce massacre ? Nous pourrions venir en paix, nous allier avec ces hommes...
- Nous allier avec cette vermine ? Après ce qu'ils ont fait ? Non, je veux les voir mourir les uns après les autres. Je veux exterminer leur race comme ils ont voulu détruire la nôtre !
Le chef de clan sentit sa phrase mourir sur ses lèvres, pleine de rancoeur et de haine. Il sut qu'il était allé trop loin quand la voix de sa compagne lui parvint, glaciale :
- Je t'ai toujours cru noble, Sarkan, chef du clan de Mahat'angor, mais tu n'es qu'un vulgaire assassin, prêt à sacrifier des vies innocentes au nom d'une gloire ephémère!
Et sans un mot de plus, elle quitta la pièce.

***

Djar est mon refuge. Grâce à lui, je m'échappe du Sid, je fuis la haine qui ronge les miens. Je retrouve avec joie le monde d'En Haut avec ses montagnes et ses plaines. Il me semble sentir le vent sur mon visage. Je me tiens devant la porte de Gor-Draka, le pont entre nos deux mondes.
La louve me fait face, les yeux brillants. Elle paraît heureuse de me revoir. Une fois encore, nous nous observons longuement sans bouger, comme deux statues. Le hurlement soudain de la femelle me sort de ma transe sans ménagement. Elle me dévisage puis regarde au-dessous du promontoir avant de s'éclipser, la langue pendante, aussi vite que sa condition le lui permet.
Le jeune homme est là, à comtempler la porte. Je me surprend à sourire, heureuse de pouvoir l'observer sans être vue. Comme j'aimerais que tout ceci soit réel! Ce jeune homme est si mystérieux, j'aimerais tant en savoir plus.
Lentement, je m'approche de l'endoit où il se tient, aussi silencieusement que possible. Il ne semble pas me voir, mais peut-être peut-il m'entendre...
C'est à ce moment-là que je découvre une autre personne non loin de lui, vêtu d'habits colorés. Il sourit et me regarde droit dans les yeux. Je n'ose plus bouger. S'il savait qui je suis, ce que je suis, il me ferait sans doute du mal.
Mais l'homme aux habits bariolés continue de sourire énigmatiquement. Puis lentement, sûrement pour ne pas m'effrayer il lève son bras et désigne le jeune homme qui m'intrigue tant.
« L'heure du loup approche, Fille de la Terre. Tu dois te mettre en route. »
Je voudrais lui demander de quoi il parle, mais les images se mélangent déjà, s'estompent en un lent tourbillon. Djar a disparu.


***

Morah courait. A chaque pas, elle s'éloignait un peu plus de ceux qu'elle avait toujours connu, de ceux qu'elle avait toujours aimé. Elle était convaincue que ce qu'elle avait vu dans le monde de Djar faisait partie de son destin. Ce qui signifiait qu'elle devait être à Gor-Draka à temps. Depuis des nuits maintenant, Morah rencontrait la louve, toujours plus proche de mettre bas. Le moment fatidique approchait, elle le sentait dans chaque fibre de son corps. A chacune de ses incursions dans le monde d'En Haut, les choses et les gens lui paraissait plus claires. Et chaque nuit, le visage du jeune homme vêtu de blanc paraissait plus proche.
Elle arrêta sa course quelques instants pour reprendre son souffle. Elle était près du but à présent. Bientôt, elle atteindrait la porte. Bientôt, elle le rencontrerait ce jeune homme mystérieux, qui semblait porter en lui tant de sagesse. Étrangement, elle ne concevait aucun regret à laisser derrière elle le Sid, Sarkan ou même Tagor, le fils qu'elle chérissait pourtant tellement. Seule la vision que lui avait apportée Djar comptait.
Cette vision était source d'un immense espoir. Celui de trouver une autre voie que celle de la guerre entre son peuple et les Gaeliens. Pour cela, elle devait rencontrer cet homme sage. Et elle devait trouver le moyen de créer un pont entre leurs deux mondes.

***

Morah venait de franchir la porte de Gor-Draka. Elle se sentait à la fois folle de joie et pleine d'apréhension. Si jamais elle s'était trompée, elle s'attirerait les foudres de Sarkan pour rien. La jeune femme prit une profonde inspiration et regarda autour d'elle, retrouvant le paysage familier qu'elle voyait en songe depuis si longtemps.
La nuit était déjà tombée et un calme presque surnaturel occupait les lieux. Morah retint une exclamation surprise lorsqu'elle aperçut la pleine lune, trônant dans le ciel d'encre piqueté d'étoiles. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas comptemplé le ciel. Comment Sarkan pouvait-il songer une seule seconde à partir en guerre sous de tels cieux?
Le hurlement reconnaissable de la louve grise éclata soudain non loin d'elle et Morah ressentit que l'heure était venue. L'Heure du loup, et avec elle Cathfad, le sage. Elle allait trouver une autre voie. Elle allait remplacer la haine par l'amour et unir son sang avec celui du Gaelien, car ils étaient tous deux des enfants de la Terre.

 

FIN

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